e journal d'Aline, Femmes Actuelle
, qui hier s'appelait Femme d'Aujourd'hui
, dit qu'il faut chaque jour écrire l'évènement qui a fait notre bonheur de la journée.
J'écrivis donc dans mes notes de vacances :
Nous sommes le 21 février et la température a oscillé entre 28 et 30° C. Mais je peux ajouter que nous avons fréquenté deux plages, l'une
ce matin sur la mer des Caraïbes, Anse Figuier et l'autre cet après-midi sur l'Atlantique, en deça de la barrière de corail, dans le lagon à Anse Michel.
Pour notre dernière journée en Martinique il fut encore question d'une randonnée le long de la mer à la Pointe Borgnesse. Mais, soit que ma Douce eût inconsciemment peu l'envie d'une marche
pour ne pas rééditer ses exploits des gorges du Cady et de la rivière Alma, soit qu'elle préférât finir son bouquin à l'ombre des cocotiers, jamais elle ne nous guida vers le point de départ de la balade.
Mes chaussures de marche, comme mes bermudas auraient mieux fait ne jamais traverser l'atlantique !
Ce fut donc sur la plage d'Anse Figuier qu'aboutirent nos errances.
De cette grève est encore au loin visible le rocher du Diamant. C'était inattendu mais bienvenu pour nous rappeler les excellents moments que nous y avions passés la veille.
Inattendue aussi cette partie de foot à l'entrée de la plage. Apparemment improvisée, n'était-ce pas plutôt un match amical en prévision de l'euro 2016 ?
Tout y était pour nous faire oublier la randonnée manquée : le sable fin, la mer juste profonde et bleue et verte et sans vague, les carbets, les cocotiers, au loin quelques constructions discrètes et le ciel sans réelle menace de pluie. Encore combien de moments délicieux passés à Anse Figuier !
Allez ! Une petite séquence carbet dont la présence sur les plages des Antilles est toujours agréable à l'œil et toujours appréciée pour le confort estival.
Mais les nuages finirent par s'aglutiner pour produire une belle averse qui nous chassa de l'idyllique Anse Figuier. Direction Sainte Luce qui occupe sur la mer un emplacement en apparence peu propice à l'implantation d'une ville, si bien que la circulation comme le stationnement tournèrent vite à l'embrouille. Nous ne restâmes pas à Sainte Luce et lui préférâmes la baie du Marin beaucoup plus engageante.
Nous en fîmes le tour pour arriver à Sainte Anne, nous poser et déjeuner.
Et aussi, grâce à Julie que ce panneau avait intrigué, pour constater qu'en matière de risques naturels, les Saintannais étaient mieux avertis que les Pierrotins.
C'est au loin la grande plage de Sainte Anne qui s'étire tout au long de la Pointe Marin. Là, s'est installé le Club Med. C'est dire si l'endroit peut être séduisant pour passer des vacances. Comme toutes les anses que nous avons manquées, nous sommes passés à côté de la plage de Sainte Anne. Nous avions trop peu de temps et c'était le moment de penser à se restaurer.
Dans le bourg les terrasses au bord de l'eau ne manquaient pas. Mais notre choix fut malheureux à cause, encore une fois du manque de personnel. La serveuse, une autre Danielle, faisait tout.
Elle servait, cuisinait, s'occupait du bar et répondait au téléphone. Nous n'avions nul envie de la regarder s'activer nonchalamment pendant le reste de la journée et, à peine installés,
nous nous sommes enfuis vers un accueil plus chaleureux, plus disponible et plus authentique. Le coin des grillades
était tout cela. Et, bien que Julie et moi eussions essuyé
les reproches de la patronne pour n'avoir pas terminé notre copieuse assiette, nous en garderons un bon souvenir et le recommanderons.
Anse Michel est située au sud de la Martinique sur l'Atlantique et curieusement à l'abri du lagon. C'est parce que je trouve étonnant d'avoir la barrière de corail face à l'immensité de l'océan plutôt que de l'autre côté sur la mer des Caraïbes en apparence plus tranquille, fermée par les archipels au levant, les grandes îles au septentrion, au couchant par les territoires étroits qui lient les deux amériques et au midi par la Colombie et le Vénézuela. Elle est donc close comme la Méditerranée et comme elle un espace marin que les coraux claustrophobes évitent. Ils leur préfèrent le grand large de l'océan comme si dans leurs gènes était inscrite une mission de protection des côtes contre ses fureurs.
Pour en savoir un peu plus sur L'Anse Michel...
Il n'y a pas là une plage intime comme celle de l'anse Figuier, mais plutôt une approche qui ressemble à notre côte Aquitaine: un grand parking et un caillebotis qui mène jusque sur le sable.
Et puis c'est tout. Le reste n'est pas qu'une grève interminable et monotone adossée à la dune sans végétation, face à une mer où sans cesse cassent les rouleaux. Au contraire il y a des arbres,
au contraire il y a la tranquilité du lagon. Les vagues sont loin et parfaitement oubliées. Alors que chez nous ce sont des parasols à perte de vue, ici l'ombre délicate ménage de délicieux espaces
mouchetés de lumière où il fait bon se reposer.
Le créole n'est pas très présent en Martinique. Poussés par le tourisme, venu essentiellement de métropole, les habitants délaissent peu à peu leur langue d'origine. Je trouve cela triste car
le créole a beaucoup de charme et il semble que peu d'efforts seraient à faire pour en apprendre les rudiments. Mais quel français de France serait prêt à avoir pour cette île lointaine un tel respect
de sa culture ? Non, chacun préfère consommer son climat et sa géographie pour son bien être personnel sans se soucier de son histoire. De même chacun consomme les produits essentiels de son existence
et expose l'environnement à l'envahissement de ses déchets.
Le panneau photographié sur la plage passe en image ce double message d'alerte.
Qu'eût donné la traduction de cette annonce en créole ? Certainement un effet encore plus coloré, encore plus amusant et bien plus fidèle à l'esprit martiniquais plein d'humour et de nonchalance.
Cette vue sur l'îlet Chevalier prise depuis la haute tour en bois qui marquait l'entrée du parking fut ma dernière photo de Martinique. Le lendemain nous reprenions l'avion pour Paris.
Il fallait nous reconfiguer la tête avec les habitudes de la métroplole. Mais avant nous avions organisé un dernier plaisir exotique: la langouste. Chez Millo on nous en avait promis une.
Il suffisait de téléphoner le matin pour qu'elle fût grillée pour midi. Notre avion n'était qu'en fin d'après-midi ce qui nous laissait le temps de la déguster confortablement. Nos papilles
en frémissaient à l'avance. Hélas, la patronne du restaurant ne tint pas sa promesse ! Il n'y avait pas de langouste. Sans doute les pêcheurs des fonds blancs avaient-ils plus de touristes à promener
que de filets à remonter. Toute l'organisation de la dernière journée était à revoir et elle fut assez chaotique comme le sont souvent les jours de départ. Où déjeuner après une matinée lagon et
piscine au Cap Est Lagoon Resort & Spa ? Où déjeuner sur le trajet hôtel aéroport tout en restant dans l'ambiance ? Rien à Le François, rien à Ducos. Alors, Fort de France ?
Pourquoi pas, nous avions du temps. Direction le centre ville à travers la circulation qui nous oppressait. M'étant fourvoyé dans une impasse sordide, l'oppression se fit panique quand enfin un panneau
indiquant l'aéroport nous tenta. Personne n'avait l'envie d'hésiter; puisqu'il fallait rentrer, rentrons. Le plus tôt possible. Notre dernier repas en Martinique ne fut pas très glorieux
sur la banquette de l'unique self ouvert ce midi à Aimé Césaire. Impossible même de boire une vraie bière Lorraine à la pression, le bar n'en finissait pas d'ouvrir.
Moi, j'ai tenu ma promesse et réussi à éviter les comparaisons entre Guadeloupe et Martinique. En ce sens mon compte-rendu manque de fidélité car bien sûr nous avons maintes fois été tentés de
confronter les deux îles, pour les paysages, pour les plages, pour l'accueil et bien souvent exprimé quelques regrets d'avoir changé de destination tout en appréciant à sa juste valeur le plaisir de
découvrir de nouveaux horizons. Alors pour l'année prochaine ? Dans quelle île revenir ? La décision n'est pas prise. Il reste toute une année pour que s'accorde l'équipe grands-parents-
petite fille. Les avis restant fortement nuancés, rien n'est acquis.
Jean-Pierre VENNIN
Avril 2016