SEJOUR EN MARTINIQUE

LE JARDIN DE BALATA

t.png ous nous avaient convaincus d'aller visiter le jardin de Balata. C'est une merveille. Effectivement.
Nous y étions au guichet un peu avant neuf heures quasiment les seuls à attendre qu'il ouvre. Mais, à cause d'une panne d'électricité la distribution des tickets et l'encaissement devaient se faire à la main. Cela paraissait compliqué comme est compliqué tout ce qu'il faut réaliser maintenant à la place des machines. Elles nous ont trop bien habitués à nous dispenser des tâches répétitives et mécaniques. Quand plus tard les robots se chargeront de tout et qu'ils tomberont en panne, comme nous serons désemparés ! Et s'ils deviennent intelligents que ferons nous quand soudain ils se mettront à ne plus pouvoir penser. Nous serons légumes parmi les légumes !
En attendant j'avais préparé l'argent nécessaire : 2*13,10= 26,10 + 7,5 pour Julie qui n'avait pas 12 ans, faisaient 33,60 euros. Au moment de payer on m'annonça 33,70 ! Comme j'avais fait plusieurs fois le calcul dans ma tête, j'étais sûr de mon coup. Donc j'insistais et ne voulais pas donner les 10 centimes manquants. Mais tout le monde contestait mon calcul, même Julie qui n'avait pas 12 ans. Je finis par convenir que j'avais fait une erreur et contatais tristement que j'étais toujours aussi mauvais en calcul mental. On a beau savoir de tête retrouver la formule de la charge d'un condensateur, quand il s'agit de multiplier deux nombres, il n'y a plus personne. C'est à cela que servent les hautes études scientifiques...
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Heureux les martiniquais entourés de tant de si belles fleurs ! Ils ont la Reine de Malaisie, le Balisier, la Rose de Porcelaine, le Bananier Ornemental, le Frangipanier, l'Anthurium, l'Oiseau de Paradis, L'Alpinia, l'Allamanda Pourpre, le Tritoma, les Larmes du Christ, la Queue de Chat, le Coleus, le Dichorisandra, l'Adenium, la Griffe du Diable, la Liane Orchidée, la Liane de Feu, la Bougainvillée, l'Ixora, l'Epine du Christ...
N'en n'ayant pas assez ils ont inventé la mangeoire Resort & Grain en forme de fleur.

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A mon sens il n'y a pas de plus belle perspective sur le jardin de Balata ailleurs que depuis le point où Aline a pris cette photo. Tout y est harmonie de lignes, de volumes et de couleurs. La pièce d'eau est dans ce paysage à la fois paisible et grandiose un élément essentiel comme le choix de l'emplacement, ce surplomb au dessus de la forêt tropicale, pour ce jardin extraordinaire.

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Et l'alignement des cocotiers filiformes dessine et délimite l'espace avec beaucoup de bonheur. En apparence chétive cette végétation suit la pente avec une savante régularité et des élancements calculés. Elle introduit élégamment l'escalier très doux qui s'enfonce dans les frondaisons et réalise un agencement et une géométrie végétale du plus bel effet.
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A l'entrée de notre chambre à l'hôtel Cap Est Lagoon Resort & Spa un lézard avait élu domicile. Il séjournait dans le local technique et semblait apprécier le ronron des machines. Julie a voulu qu'on le baptise Opel. Drôle de nom pour un animal familier ! A Balata les lézards sont plus sauvages, ils n'ont pas de nom mais se laissent volontiers approcher. J'eus l'idée d'appeler celui là François Mitterrand. Les présidents en vacances dans les îles laissent décidément de bien curieux souvenirs...
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Julie et moi avons osé la canopée. Aline, craignant le vertige que procure sur les âmes sensibles le balancement des passerelles n'est pas montée. Elle avait trop le souvenir nauséeux de Quarré-les-Tombes pour nous accompagner. Ce n'était pourtant qu'une plateforme de grosses poutres en bois solide comme un rocher de la forêt de Fontainebleau. En descendant l'échelle elle avait été prise de panique : la peur du vide. Depuis elle se méfie des altitudes factices, des sentiers étroits à flanc de montagne et des escarpements aériens. Et quand ça balance, elle pâlit, moitise et flageole rien qu'à l'idée. mmm13.jpg

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Elle est donc restée en bas pour prendre en photo ceux qui aiment
les sensations du vide et de l'équilibre maîtrisé.

L'environnement de l'hôtel Cap Est Lagoon Resort & Spa est un quartier résidentiel construit de vastes demeures qu'entourent de magnifiques jardins. C'est au lieu dit La Prairie . L'une d'elle offre une très belle allée plantée de ces palmiers argentés, pas très hauts et qui n'ont rien à envier aux enfilades arborées des châteaux aristocratiques de la métropole. Que ce soient, chênes, platanes ou palmiers bleus du Mexique, Brahea armata, j'ai toujours aimé ces allées majestueuses, bordées de grands arbres et qui sont à l'entrée des propriétés comme des invitations permanentes.
Par discrétion, Aline n'avait pas osé photographier les palmiers de La Prairie. C'est pourquoi je lui dédie celui de Balata.

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Balata est un jardin. Ce n'est pas un parc. La maison familiale de Jean-Philippe Thoze, créateur de l'espace horticole et qui sert aujourd'hui à accueillir le public et à lui vendre du souvenir, n'a rien de somptueux. Ni maison de maître de style colonial, ni demeure de planteur, elle reste modeste et un peu décalée dans le magnifique univers floral de Balata. On le regrette un peu. C'est pourquoi peut être est montrée à l'intérieur une collection de gravures représentant ce type de maison. Toutes plus opulentes les unes que les autres, elles font rêver d'une vie oisive dans la douceur du climat antillais.

La rivière Alma

Combien de lieux ont été désigné : Alma ! Rien qu'aux Etats Unis, il y a 6 villes qui portent ce nom : Au Colorado, en Géorgie, au Kansas, au Michigan, au Nebaska, au Wisconsin. Pour les Français et les anglais c'est d'abord un pont à Paris, tristement célèbre depuis l'accident de la princesse, avant d'être une bataille. Ici, en Martinique c'est une rivière impétueuse qui descend du Carbet et offre aux plus sportifs des occasions de folles descentes en canyoning. Pour le touriste de base comme nous c'est un pont sur une route, la N3 et la promesse d'une promenade réputée accessible à travers la forêt tropicale.

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Mais le niveau de difficulté annoncé d'une randonnée a toujours des échos différents selon qui l'entreprend. Pour Julie, le guide avait exagéré. Agile et insouciante comme le sont tous les enfants, elle courait loin devant. Pour moi c'était conforme, j'avançais à mon ryhtme sans prendre de risques. Mais pour ma douce il en était tout autement. Un tronc glissant et quelques rochers moussus sur lequels il fallait avancer pour franchir une première fois le torrent l'arrêtèrent. Rien à faire pour qu'elle fasse un pas de plus, rien à faire non plus pour qu'elle revienne en arrière. Elle était bloquée, agrippée à mon poignet tandis que 20cm plus bas coulaient indifférents à sa panique les flots agités de la rivière Alma. En haut de la rive Julie regardait la scène avec inquiétude. Qu'allaient faire ses grands parents dans pareille situation ? Continuer à se disputer ou prendre une décision utile ? Et elle, que pouvait elle faire de ces deux cabris plantés au milieu de la rivière ? Enfin, surmontant sa peur, Aline me lâcha, fit le petit saut qui lui manquait et je retrouvais ma main et mon équilibre. Nous étions saufs mais bien convaincus qu'il aurait été dangereux d'aller plus loin.
Vous n'avez qu'à continuer tous les deux. Moi, je retourne à la voiture
Je vivais la réplique exacte de la scène dite des gorges du Cady qui jadis avait failli tourner mal pour les mêmes raisons. Et nous étions avec nos enfants, c'est à dire beaucoup plus jeunes, beaucoup plus souples mais non moins sensibles aux dangers d'une escalade familiale. Il nous faut maintenant songer sérieusement à arrêter ces aventures et compléter notre bibliothèque avec la version internationale des Sentiers d'Emilie. Cabri c'est fini.

lun.png Lorsque je voyage, je n'ai qu'un bagage : mon sac photo qui contient, rangés avec un peu de méthode mon APN, mon téléphone, mes papiers et mes lunettes. Or, pour sortir l'appareil, il me faut d'abord dégager ces dernières, sinon la dragonne se prend dans les branches et tout valse. C'est exactement ce qui se passa au dessus des précipices de la rivière Alma. Adieu mes yeux ! Ils étaient partis dans le courant emportés vers la mer des Caraïbes sans espoir de retour. Qu'allais-je devenir sans cet accessoire précieux ? Heureusement une paire de lunettes ne flotte pas, elle avait coulé à pic mais, transparente, elle demeurait invisible au fond de l'eau qui de toute évidence n'avait pu l'entraîner. C'est alors qu'un promeneur serviable intervint pour m'indiquer l'endroit.
Je récupérais mon bien et le remerciais avec cette phrase idiote :
C'est qu'on en a bien besoin à nos âges.
Je réalisais plus tard qu'il était bien plus jeune que moi et plus capable de faire jusqu'au bout la balade de l'Alma. J'eus honte de ma répartie. Mais Aline me réconforta en m'assurant que lui aussi portait des lunettes.

La Montagne Pelée

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Pour la suite de ce reportage, je vais continuer à tricher en empruntant les photos des autres. Je dois celle-ci à un ami qui connait bien la Martinique et qui a eu la chance de voir le volcan débarassé de ses nuages. Ce ne fut pas notre cas, pas plus que pendant nos 3 séjours en Guadeloupe où jamais le ciel au dessus de la Soufrière ne fut dégagé. Pour nous la chance a souri bien plus loin sur les eaux de la baie d'Halong sous le ciel sans brume : une chance inouïe paraît-il.

A contrario, tout ce que j'aurais pu photographier au pied de la Montagne Pelée aurait ressemblé à ceci. Comme à Brest, les bateaux gris sur la mer grise sous le ciel gris. Arrivés à Morne Rouge nous avons cherché un restaurant et rien trouvé de mieux que l'Auberge de la Montagne Pelée, isolée de tout où nous avons déjeuné d'un plat d'écrevisses au cœur des nuages. Et dire qu'il y a des gens pour préférer la montagne à la mer ! Vite rejoingnons les rivages lumineux des Caraïbes ! brest.jpg

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Saint Pierre

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Qui ne saurait rien de l'histoire de St Pierre se douterait qu'ici eut lieu un épisode tragique. L'éruption du volcan en 1902 décima la population. Plus d'un siècle après les traces en sont encore visibles; elles ont été conservées, pour le souvenir comme les images jaunies d'ancêtres disparus il y a très longtemps.

Des maisons dont il ne reste que quelques pans de mur noircis, des escaliers qui ne mènent plus nulle part, un je ne sais quoi de triste tout au long de la rue principale qui borde un front de mer mal entretenu donnent de St Pierre, cette Pompeï des Caraïbes, l'image d'une ville encore meurtrie qui semble ne point pouvoir se relever un jour de ses malheurs. Témoin cette façade qui affiche clairement la date fatidique de l'évènement.

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Mais la ville s'est reconstruite. Elle a tenté de retrouver sa splendeur d'autrefois et affiche aujourd'hui de belles ambitions : aménagement d'une promenade le long de la mer, embellissement paysager des places, réouverture du jardin botanique, assainissement, mise en valeur des ruines etc ... Elle se reinstallera dans son écrin de merveilleux paysages insulaires. Et mieux, elle a la volonté d'inscrire la Montagne Pelée au patrimoine mondial de l'Unesco. Pas rancuniers les Pierrotins !

Pierre Belain d'Esnambuc, flibustier fondateur de St Pierre en 1635, n'eût pas désavoué cettte décision.

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La cascade du Saut du Gendarme

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Sur la route nous ramenant à l'hôtel Cap Est Lagoon Resort & Spa, en évitant soigneusement Fort de France et ses autoroutes encombrées, nous nous sommes arrêtés à la cascade du Saut du Gendarme. Courte pause rafraîchissante et amusante avec cette Doudou martiniquaise qui prenait des pauses en riant pour un touriste photographe.
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L'église du Sacré Cœur, manquée sur le trajet aller vers Balata ne devait pas être à nouveau ignorée sous peine d'une soupe à la grimace qui eût plombé notre soirée. Bon ! Ce n'était pas le circuit des églises romanes de Sardaigne ou de Charente, mais c'était une église. Qui plus est la réplique exacte à l'échelle 1/5 du Sacré Cœur de Paris. La Montagne Pelée n'est pas Montmartre ni le Sacré Cœur martiniquais vraiment le Sacré Cœur parisien. On a beau être autour de Fort de France, nous étions quand même hors de France.

Retour à l'hôtel Cap EsT Lagoon Resort & Spa pour le rituel du soir : lecture, apéritif, dînette et rami. Julie et moi y ajoutâmes la bataille sicilienne. On peut relire les règles de ce jeu passionnant en passant la souris sur les valets.

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